Comprendre ce que vit votre élève TDAH en classe
Pour aider un élève TDAH efficacement, la première étape n'est pas d'agir, mais de comprendre. Comprendre ce qui se passe réellement dans sa tête quand vous donnez une consigne, quand la classe bourdonne, quand il doit rester assis 45 minutes.
Les trois grandes difficultés que vous observez en classe
L'inattention, ou quand le cerveau décroche malgré lui
L'élève TDAH est lent dans l'exécution de la tâche. Non pas parce qu'il ne comprend pas, mais parce que son attention s'évapore en cours de route. Il ne parvient pas à finir seul les activités engagées. Ses performances se détériorent rapidement au fil du temps, comme si sa réserve de concentration se vidait minute après minute. Les oublis sont omniprésents : le matériel qui reste à la maison, les consignes qui s'envolent, les devoirs qui n'arrivent jamais dans le cahier de texte.
Ce que vous observez régulièrement ? Il n'a pas écrit la date. Il a oublié son cahier de maths. Il a sauté un exercice sans s'en rendre compte. Il rêvasse, le regard perdu vers la fenêtre, alors que vous venez de poser une question à toute la classe.
L'hyperactivité, ou ce corps qui refuse de rester immobile
L'enfant TDAH remue exagérément les mains ou les pieds. Il se tortille sur son siège comme s'il était assis sur un nid de fourmis. Il se lève en classe dans des situations où il est censé rester assis. Dans la cour, il court partout, grimpe, ne s'arrête jamais.
Qu'est ce que vous voyez ? Il ne tient pas en place. Ses affaires tombent en permanence. Il se lève sans permission pour tailler son crayon pour la cinquième fois. Il tripote tout ce qui passe à portée de main : la gomme, le stylo, le coin de la trousse, le lacet de sa chaussure.
L'impulsivité, ou l'impossibilité d'attendre son tour
L'enfant TDAH a une incapacité à fonctionner par étapes. Il saute directement aux conclusions. Il répond avant même la fin de votre question. Il interrompt les autres en plein milieu de leur phrase. Il a un mal fou à attendre son tour lors des jeux ou des activités de groupe.
Ce que vous constatez en classe ? Il lance la réponse sans lever la main. Il commence l'exercice avant d'avoir lu la consigne en entier. Il vous coupe la parole alors que vous êtes en train d'expliquer quelque chose à un autre élève.
Votre élève TDAH ne CHOISIT pas de vous compliquer la vie. Imaginez que vous essayez d'enseigner avec dix radios allumées simultanément dans votre tête, chacune réglée sur une station différente et que vous devez quand même suivre une conversation. C'est ce qu'il vit à chaque cours. Chaque jour. Depuis des années.
Pourquoi l'école est si difficile pour un élève TDAH
L'école : un environnement hostile
Aider un élève TDAH, c'est d'abord comprendre pourquoi l'environnement scolaire classique lui pose tant de difficultés. Le système scolaire classique, c'est un peu comme demander à quelqu'un de gravir l'Everest en tongs. Techniquement, c'est faisable. Mais les conditions sont tellement défavorables que l'échec devient presque inévitable. Pour un élève TDAH, l'école multiplie les obstacles sans le vouloir.
Obstacle n°1 : rester assis six heures d'affilée
L'enfant TDAH a beaucoup de difficultés avec cette exigence fondamentale du système scolaire : rester assis sans bouger. Son corps a physiologiquement besoin de mouvement pour que son cerveau reste actif. Quand vous lui demandez de rester immobile, vous coupez littéralement le carburant dont son cerveau a besoin pour se concentrer.
Obstacle n°2 : la double tâche, ce piège invisible
L'enfant TDAH a un mal considérable à faire deux choses en même temps. Écrire et écouter simultanément ? Mission quasi impossible. Pendant qu'il recopie la leçon du tableau, il n'entend plus ce que vous expliquez. Et quand il vous écoute, sa main s'arrête d'écrire. Il doit choisir. Sauf que personne ne lui a dit qu'il devait choisir.
Obstacle n°3 : les consignes longues, ce brouillard mental
Plus la consigne est longue, plus l'élève TDAH décroche. Au bout de la deuxième ou troisième instruction, il est déjà perdu.
Exemple : Vous dites : "Vous allez ouvrir votre cahier page 32, recopier l'exercice 4, le faire en binôme avec votre voisin, et quand vous avez terminé vous me montrez votre travail avant de passer à l'exercice 5." Il a entendu : "Cahier... exercice 4... voisin... euh, j'ai raté la suite."
Obstacle n°4 : l’effet cumulatif des remarques négatives
Votre élève TDAH entend en moyenne 20 000 feedbacks négatifs de plus que les autres élèves avant ses 12 ans. Vingt mille. "Concentre-toi." "Arrête de bouger." "Tu n'écoutes jamais." "Encore oublié tes affaires ?" "Tu le fais exprès ou quoi ?" Résultat ? Une confiance en soi complètement détruite. Un enfant qui finit par se convaincre qu'il est nul, qu'il n'y arrivera jamais, que de toute façon il déçoit tout le monde.
L'impact sur les apprentissages
Le TDAH n'est pas un trouble d'apprentissage en soi. Votre élève a les capacités intellectuelles. Mais le TDAH affecte tous les processus qui permettent d'accéder à ces capacités.
En lecture, vous observez des sauts de lignes, des oublis de mots, des difficultés de compréhension parce que l'attention a lâché en plein milieu d'un paragraphe. En écriture, la dysgraphie est fréquente, les fautes d'inattention sont massives. En mathématiques, les erreurs de calcul se multiplient, les étapes sont sautées dans les problèmes. Quant à la mémorisation, elle suppose de pouvoir sélectionner les informations importantes et inhiber les distracteurs. Exactement ce que le cerveau TDAH peine à faire.
Aménager l'environnement de classe : installer le camp de base
La place stratégique dans la classe
La place de votre élève TDAH dans la classe, ce n'est pas un détail logistique. C'est le camp de base de son ascension quotidienne. Mal positionné, il part déjà avec un handicap majeur. Bien installé, vous lui offrez une vraie chance de réussir.
L'emplacement idéal ? Premier rang, devant votre bureau, en bout de rangée. Pas coincé entre deux camarades qui multiplieraient les sources de distraction. Vous voulez qu'il puisse bouger légèrement sans déranger son voisin, qu'il capte votre regard facilement, qu'il sente votre présence rassurante sans se sentir constamment surveillé.
Éloignez-le des fenêtres. Chaque mouvement dans la cour, chaque oiseau qui passe, chaque voiture qui se gare devient une invitation à décrocher. Les radiateurs qui claquent, la porte qui grince, l'aquarium qui bouillonne : autant de radios parasites qui se rajoutent dans sa tête déjà saturée. Privilégiez un voisin calme, un modèle positif qui ne le sollicitera pas toutes les cinq minutes pour bavarder ou lui emprunter du matériel.
Et surtout, résistez à la tentation de le mettre au fond de la classe "pour ne pas déranger les autres". C'est le condamner à l'invisibilité et à l'échec. Au fond, il ne vous voit plus vraiment, ne vous entend plus clairement, ne sent plus votre guidance. C'est comme abandonner l'alpiniste en pleine tempête, loin du camp de base.
Organiser son espace de travail
L'espace personnel de l'élève TDAH doit être ultra simplifié. Chaque objet superflu est une source potentielle de distraction. Une seule trousse, pas trois. Un code couleur clair par matière. Une case ou une étagère dédiée, bien identifiée, où ranger systématiquement ses affaires. Et sur le bureau, pendant le cours, uniquement ce qui est nécessaire MAINTENANT. Pas le livre de français pendant le cours de maths. Pas la trousse entière ouverte avec quinze stylos qui roulent.
Pensez épuré. Pensez fonctionnel. Pensez "réduction des tentations". Moins il y a d'objets à portée de main, moins il y a de chances qu'il se mette à les tripoter au lieu d'écouter.
Créer des repères visuels
Le cerveau TDAH a besoin de repères externes pour compenser ses difficultés d'organisation interne.
- Affichez l'emploi du temps de la journée au tableau.
- Utilisez des pictogrammes pour les consignes récurrentes : un œil pour "regarder", une oreille pour "écouter", une main qui écrit pour "noter dans le cahier".
- Installez un timer visuel pour matérialiser le temps qui passe.
- Mettez en place un système de feux tricolores pour le niveau sonore accepté : vert pour "vous pouvez parler entre vous", orange pour "chuchotements uniquement", rouge pour "silence complet".
Ces repères visuels ne servent pas qu'à votre élève TDAH. Toute la classe en profite. Ils clarifient les attentes, réduisent les ambiguïtés, sécurisent le cadre.
Adapter vos consignes et votre pédagogie : baliser le chemin
Simplifier et fractionner les consignes
Aider un élève TDAH passe nécessairement par une adaptation de votre manière de donner les consignes. Imaginez que vous donnez des indications à un alpiniste dans le brouillard. Vous ne lui criez pas : "Monte jusqu'au sommet en passant par la face nord, attention aux crevasses et n'oublie pas de planter des pitons !" Vous lui dites : "Trois pas devant toi. Stop. Tu vois le rocher gris ? Accroche-toi là. Maintenant, lève le pied droit."
C'est exactement ce dont votre élève TDAH a besoin. Des consignes courtes, claires, concrètes. Une phrase égale une action. Pas d'implicite, pas de sous-entendus, pas de "vous devriez comprendre que". Des verbes d'action précis : ouvre, lis, écris, souligne, entoure.
Observez la différence. Si vous dites : "Vous allez faire l'exercice 3 page 47, mais avant vous recopiez la leçon du tableau et vous n'oubliez pas de souligner les titres en rouge", votre élève TDAH a déjà perdu le fil à "mais avant". Il a entendu "exercice 3", son cerveau a sauté direct à cette étape, et tout le reste s'est évaporé dans le brouillard mental.
Fractionnez.
- "Étape 1 : Ouvrez votre cahier page 47." Vous attendez. Vous vérifiez du regard. Timothée a bien ouvert son cahier ? Parfait.
- "Étape 2 : Lisez l'exercice 3 en silence." Vous marquez une pause de quelques secondes. "Étape 3 : Qui peut me reformuler ce qu'on doit faire ?"
Chaque palier validé avant de passer au suivant. C'est plus lent pour vous au début, c'est vrai. Mais tellement plus efficace pour lui. Et au bout de quelques semaines, ces étapes deviennent des automatismes.
Doubler les consignes : oral et écrit
Votre élève TDAH a besoin de plusieurs points d'ancrage. Vous dites la consigne à voix haute ET vous l'écrivez au tableau. Pourquoi ? Parce que pendant que vous parlez, il a peut-être été distrait par le bruit d'une chaise. Mais s'il peut relire la consigne écrite au tableau, il rattrape le train en marche. C'est une corde de sécurité supplémentaire.
Faire reformuler systématiquement
Avant de laisser la classe se mettre au travail, prenez cette habitude salvatrice : "Timothée, qu'est-ce que tu dois faire maintenant ?" Vous ne lui demandez pas ça pour l'humilier. Vous vérifiez qu'il a bien compris AVANT qu'il se lance. Parce que dans 80% des cas, si un élève TDAH n'a pas fait l'exercice, ce n'est pas parce qu'il n'a pas voulu. C'est parce qu'il n'avait pas compris ce qu'on attendait de lui.
La reformulation, c'est votre filet de sécurité. Et pour lui, c'est une occasion de clarifier les choses avant de partir dans la mauvaise direction.
Éviter la double tâche
L'enfant TDAH a un mal considérable à faire deux choses en même temps. Écrire et écouter ? Impossible. Alors quand vous dictez une leçon ou que vous expliquez quelque chose de complexe pendant que les élèves sont censés prendre des notes, votre élève TDAH doit choisir : soit il vous écoute et n'écrit rien, soit il écrit mécaniquement sans comprendre ce qu'il note.
Solutions concrètes : photocopiez la leçon pour qu'il puisse l'écouter sans écrire. Donnez un polycopié à trous qu'il complète. Autorisez l'enregistrement audio de vos cours. Proposez-lui un "secrétaire", un camarade qui accepte de partager ses notes après le cours.
C'est un aménagement simple qui change radicalement la donne. Soudain, il peut enfin ENTENDRE ce que vous expliquez au lieu de recopier mécaniquement des mots qu'il ne comprend pas.
Gérer l'hyperactivité sans s'épuiser
Autoriser le mouvement de façon encadrée
Demander à un élève TDAH de rester assis sans bouger pendant une heure, c'est comme demander à quelqu'un de retenir sa respiration sous l'eau. Au bout d'un moment, il va exploser. Alors au lieu de lutter contre ce besoin physiologique de mouvement, canalisez-le.
Offrez-lui des occasions légitimes de bouger pendant le cours. Confiez-lui des missions : porter un message au secrétariat, distribuer les feuilles à toute la classe, effacer le tableau, ramasser les cahiers, aller chercher du matériel dans une autre salle. Ce sont des mouvements productifs, socialement acceptés, qui lui permettent de décharger son énergie sans perturber le cours.
Vous pouvez même lui permettre d'écouter ou de travailler dans une autre position que assis classique à son bureau. Assis sur ses genoux, debout à son pupitre si la configuration le permet. Tant qu'il travaille et qu'il ne dérange pas les autres, quelle importance qu'il soit debout ?
Matériel adapté pour canaliser l'agitation
Certains objets peuvent aider votre élève TDAH à canaliser son besoin de bouger sans perturber la classe. Un coussin d'air sous ses fesses lui permet de bouger légèrement tout en restant assis. Une balle anti-stress ou une balle hérisson qu'il peut malaxer discrètement. Un élastique fixé sous les pieds de sa chaise sur lequel il peut appuyer avec ses pieds. Des embouts de mastication discrets. Un tangle, cet objet articulé qu'on peut manipuler silencieusement.
Ces outils, ce n'est pas du gadget. C'est un exutoire pour son agitation motrice. Et souvent, les autres élèves n'y voient que du feu.
Ignorer les micro-mouvements
Voici une règle d'or : si le comportement ne perturbe PAS le reste de la classe, laissez faire. Il se balance sur sa chaise ? Pas grave. Il tripote un objet pendant que vous parlez ? Tant qu'il écoute, pas grave. Il gigote des jambes sous son bureau ? S'il ne gêne personne, pas grave.
Abstenez-vous de montrer des signes d'exaspération devant ces comportements involontaires. Ignorez les comportements inadéquats mineurs qui ont souvent pour but d'attirer l'attention. Votre objectif n'est pas qu'il soit immobile comme une statue. Votre objectif est qu'il apprenne.
Choisissez vos batailles. Si vous corrigez TOUS les micro-comportements, vous allez vous épuiser ET braquer l'élève. Focalisez votre énergie sur ce qui perturbe vraiment le cours ou met en danger la sécurité. Le reste ? Lâchez prise.
Gérer l'impulsivité et les interruptions
Mettre en place un code discret
Au lieu de réprimander verbalement votre élève TDAH chaque fois qu'il décroche ou qu'il commence à s'agiter, convenez avec lui d'un signe discret qui le ramène à la tâche. Se rapprocher physiquement de lui sans rien dire. Poser la main sur son épaule. Établir un contact visuel. Un geste convenu ensemble : vous touchez votre oreille, ça veut dire "écoute", vous tapotez votre tempe, ça veut dire "concentre-toi".
Ce code, c'est votre manière de le recentrer sans l'humilier devant toute la classe. C'est discret, bienveillant, efficace. Et ça évite l'escalade des remarques publiques.
Le système des jetons ou cartes de parole
Votre élève TDAH interrompt constamment ? Testez ce système : placez trois jetons (ou trois languettes de post-it) sur son bureau en début de cours. Chaque jeton lui donne le droit de prendre la parole spontanément pendant le cours. Quand il veut parler, il donne un jeton. Une fois les trois jetons dépensés, il doit lever la main et attendre.
Variante : s'il garde au moins un jeton à la fin du cours, il obtient une petite récompense ou un privilège. Ce système le responsabilise. Il apprend à gérer son capital de parole, à évaluer si son intervention vaut vraiment un jeton. Et souvent, il découvre qu'il peut se retenir plus qu'il ne le croyait.
Le "bloc-notes à idées"
Parfois, votre élève TDAH veut absolument intervenir, non pas pour perturber, mais parce qu'il a une idée géniale et qu'il a peur de l'oublier. Donnez-lui un petit carnet ou des post-it. Quand il veut parler et que ce n'est pas le moment, il note rapidement son idée. Vous y revenez ensemble à la fin du cours ou pendant une pause.
Ça le rassure énormément. Son idée ne sera pas perdue. Et vous, vous n'êtes pas interrompu toutes les trois minutes.
Enseigner la patience avec des défis progressifs
Donnez-lui de l'attention rapidement quand il lève la main, surtout au début. Félicitez-le parce qu'il a levé la main, car cet effort lui demande tellement plus qu'à un autre élève. Il aura envie d'être de nouveau félicité et adoptera encore ce comportement espéré.
Lancez-lui des micro-défis progressifs : "Challenge : tu restes silencieux cinq minutes. Chrono. C'est parti !" Il adore les défis. Puis dix minutes. Puis quinze. Et chaque palier franchi est célébré.
Exemple de support à mettre en place entre vous et l’élève :

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Travailler en équipe : vous n'êtes pas seul.e
Accompagner un élève TDAH, ce n'est pas un combat solitaire. Vous n'êtes ni thérapeute, ni médecin, ni super-héros. Vous êtes enseignant.e, et votre mission est déjà suffisamment lourde. Pour réussir, vous avez besoin d'une équipe autour de vous et autour de l'élève.
Collaboration avec les parents
Les parents d'un enfant TDAH sont souvent épuisés, parfois sur la défensive, inquiets du regard que l'école porte sur leur enfant. Ils ont vécu des années de remarques négatives, de convocations, de reproches à peine voilés. Alors quand vous les contactez, ils se préparent déjà au pire.
Changez la donne. Privilégiez le contact positif AVANT les problèmes. Envoyez un mail pour signaler une réussite, un progrès, un bon moment. "Aujourd'hui, Timothée a réussi à finir son exercice, je tenais à vous le dire." Ce premier contact positif crée une alliance. Les parents comprennent que vous êtes dans le même camp qu'eux : celui de la réussite de leur enfant.
Ensuite, établissez une communication régulière. Un cahier de liaison ou des mails hebdomadaires. Pas uniquement pour signaler les problèmes, mais pour faire le point de manière factuelle et constructive. Évitez les jugements : "Il est insupportable" devient "Il a eu du mal à rester assis aujourd'hui, avez-vous remarqué quelque chose de particulier à la maison ?". Proposez des solutions plutôt que de juste pointer les difficultés.
Cette cohérence entre l'école et la maison est essentielle. Si les parents utilisent les mêmes codes, les mêmes renforcements positifs, les mêmes stratégies que vous, l'enfant progresse beaucoup plus vite.
Le PAP : Plan d'Accompagnement Personnalisé
Le PAP, c'est le document officiel qui liste tous les aménagements pédagogiques dont l'enfant a besoin. C'est votre bouclier légal, votre cadre de référence. Sans PAP, les aménagements relèvent de votre bon vouloir. Avec un PAP, ils deviennent un droit pour l'élève et une obligation pour l'établissement.
Le PAP est ensuite valable sur toute la scolarité, mis à jour chaque année. Il suit l'élève d'une classe à l'autre, d'un établissement à l'autre. C'est la mémoire institutionnelle de ce qui fonctionne pour lui.
Et surtout, le PAP vous protège. Si un parent ou un inspecteur vous interroge sur les différences de traitement, vous avez un document officiel qui justifie vos adaptations. Vous ne faites pas de favoritisme, vous appliquez un plan validé médicalement.
L'AESH : un soutien précieux si nécessaire
L'AESH, Accompagnant d'Élève en Situation de Handicap, peut être une ressource précieuse pour un élève TDAH quand les symptômes sont sévères. L'AESH reformule les consignes, guide l'élève en décomposant les tâches étape par étape, aménage les supports avec des aides visuelles, recentre l'attention régulièrement.
Mais attention : tous les élèves TDAH n'ont pas besoin d'AESH. C'est à envisager uniquement lorsque le retentissement scolaire est vraiment conséquent ou lorsque l'intensité des symptômes reste sévère malgré tous les aménagements déjà mis en place.
Si vous estimez qu'une AESH serait nécessaire, signalez-le lors de la réunion de PAP. C'est la MDPH, Maison Départementale des Personnes Handicapées, qui évalue la demande et attribue ou non des heures d'accompagnement.
La Team Reveleo
Les erreurs à éviter absolument
Même avec les meilleures intentions, certaines pratiques courantes sont contre-productives avec un élève TDAH. Voici les erreurs à bannir absolument.
Erreur n°1 : punir l'oubli de matériel
Votre élève a oublié son cahier, encore. Vous êtes agacé.e. Vous avez envie de sanctionner pour qu'il comprenne. Stop. L'oubli n'est pas de la négligence, c'est un symptôme du TDAH. Punir un symptôme neurologique, c'est comme punir un élève myope parce qu'il ne voit pas le tableau sans ses lunettes.
Et surtout, l'élève qui a oublié ses affaires en est déjà puni. Il redoute votre réaction, il doit trouver une solution alternative, il se sent nul. Inutile d'en rajouter. Proposez plutôt une solution de secours : un cahier de prêt, un polycopié, un binôme qui partage.
Erreur n°2 : le priver de récréation
La récréation n'est pas un privilège, c'est une nécessité physiologique. Les enfants TDAH ont besoin de se dépenser pour évacuer la tension motrice accumulée. Supprimer la récréation, c'est garantir qu'il sera encore plus agité l'heure suivante.
Vous voulez le punir pour un comportement inadéquat ? Trouvez une autre sanction. Mais jamais la privation de mouvement. C'est contre-productif et cruel.
Erreur n°3 : le comparer aux autres
"Regarde, les autres y arrivent bien." Cette phrase, même dite sans méchanceté, est dévastatrice pour l'estime de soi. Votre élève TDAH sait déjà qu'il est différent. Il voit bien que les autres terminent avant lui, que les autres ne se font pas reprendre dix fois par jour. Lui rappeler cette différence ne le motive pas, ça le détruit.
Comparez-le uniquement à lui-même. "La semaine dernière tu n'arrivais pas à rester concentré 5 minutes, aujourd'hui tu as tenu 15 minutes. Bravo, tu progresses."
Erreur n°4 : hausser le ton systématiquement
Crier ne sert à rien avec un élève TDAH. Au contraire, ça renforce l'agitation, ça augmente le stress, ça active le mode défensif. L'enfant n'entend même plus ce que vous dites, il entend juste que vous êtes en colère contre lui.
Privilégiez la proximité physique. Rapprochez-vous de lui, établissez un contact visuel, parlez d'un ton ferme mais calme. L'effet est infiniment plus puissant qu'un éclat de voix à l'autre bout de la classe.
Erreur n°5 : le mettre au fond de la classe "pour ne pas déranger"
Je l'ai déjà dit, mais ça mérite d'être répété tant cette erreur est fréquente. Mettre l'élève TDAH au fond, c'est l'isoler, c'est garantir qu'il décrochera, c'est le condamner à l'échec. Vous ne résolvez rien, vous vous débarrassez du problème en le rendant invisible. Mais l'élève, lui, continue de souffrir, en silence cette fois.
Élève TDAH en classe : ce qu’il faut retenir
Accompagner un élève TDAH, c'est comme guider quelqu'un en haute montagne pendant une tempête. Vous ne pouvez pas arrêter le vent. Vous ne pouvez pas éteindre les bourrasques de stimuli qui le déséquilibrent en permanence. Mais vous pouvez choisir le bon itinéraire, celui qui évite les passages les plus dangereux. Vous pouvez planter des cordes de sécurité tout au long du parcours. Vous pouvez fractionner l'ascension en paliers gérables, avec des camps de repos. Vous pouvez lui rappeler qu'il est capable, qu'il progresse, que le sommet est atteignable.
Vous ne portez pas son sac à sa place. Ce serait lui voler son ascension, sa fierté, sa réussite. Mais vous rendez l'ascension possible.
Vous êtes bien plus qu'un.e enseignant.e pour cet élève. Vous êtes celle/celui qui peut changer la donne. Vous êtes le guide qui lui montre que le sommet est atteignable. Et ça, ça n'a pas de prix.
Notre équipe d'experts est là pour vous accompagner dans l'épanouissement de votre enfant.
Bibliographie :
- Fiche “Comment accompagner un élève présentant des Troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH)”, Académie de Créteil.
- Les enfants avec un Trouble Déficit de l’Attention / Hyperactivité et leur scolarité et leur scolarité, Académie de Paris.
Conseils pour la scolarité des enfants présentant un trouble déficitaire de l’attention, Association Française de Pédiatrie Ambulatoire.