Le TDAH : au-delà du cliché du "garçon turbulent"
Quand on dit "TDAH", la plupart des gens visualisent spontanément... un garçon. Celui qui ne tient pas assis, qui dérange la classe, qui répond avant la fin de la question. Cette image n'est pas totalement fausse, mais elle est terriblement réductrice.
Un point important mérite d’être précisé : les chiffres autour du TDAH doivent être lus avec prudence, Afin d'éviter tout biais cognitif, veillez à vérifier les sources d’informations. Ces chiffres sont soit vieillissants, soit hors France, soit non sourcés ou encore présentent des limites méthodologiques. C’est pourquoi les données françaises récentes sont particulièrement précieuses. Selon l'étude nationale Enabee (Étude nationale sur le bien-être des enfants), menée par Santé publique France en 2022 auprès de plus de 8 000 enfants de 6 à 11 ans scolarisés en France métropolitaine, les garçons présentent un TDAH probable dans 5,0 % des cas contre 1,4 % chez les filles, soit un ratio de 3,5 garçons pour 1 fille.
Dernier point de vigilance : ce n'est pas parce que c'est "courant chez les garçons" que c'est "normal". Le problème ? Cette surreprésentation masculine crée deux écueils :
- La banalisation : "Tous les garçons sont comme ça, il se calmera en grandissant",
- Le retard de diagnostic : on attend que les symptômes deviennent ingérables avant d'agir,
Résultat : des années de lutte inutile, d'échecs scolaires évitables, de confiance en soi érodée.
TDAH ou "juste un garçon plein d'énergie" ? Les 3 différences clés
Le TDAH fait partie des troubles du neurodéveloppement. Il est caractérisé par l’association de
symptômes d’inattention et/ou d’hyperactivité et/ou d’impulsivité dont l’expression peut varier au cours
du temps et en fonction de l’environnement. Ces symptômes altèrent de manière récurrente, durable et significative la qualité de vie de l'enfant ou de l’adolescent, dans les différents environnements (famille, école, extra-scolaire). Pour rappel, c’est le retentissement qui fait basculer dans le trouble.
Différence n°1 : l'intensité
Un garçon énergique :
- Court partout à la récré, mais arrive à se calmer en classe (même s'il faut lui rappeler),
- S'agite quand il s'ennuie, mais se concentre sur ce qui l'intéresse,
- Oublie parfois ses affaires, mais pas systématiquement.
Un garçon avec TDAH :
- Ne PEUT PAS rester assis, même quand il le voudrait vraiment,
- Se lève sans s'en rendre compte, comme si son corps décidait à sa place,
- Oublie en boucle, malgré tous les rappels, post-it, alarmes.
La différence ? L'intensité et la permanence. Ce n'est pas ponctuel, c'est constant.
Différence n°2 : le retentissement
Un garçon énergique :
- Réussit à l'école même s'il doit faire des efforts,
- A des copains, même s'il est parfois trop "speed",
- Les enseignants notent qu'il "pourrait mieux faire" mais pas qu'il est "en difficulté".
Un garçon avec TDAH :
- Accumule les mauvaises notes alors qu'il comprend quand on lui explique
- Perd ses amis parce qu'il ne respecte pas les règles des jeux, coupe la parole, réagit trop fort
- Collectionne les punitions : lignes à copier, mots dans le carnet, heures de colle
- Se sent nul : "Je suis bête, je n'y arrive jamais".
Différence n°3 : la duré
Un garçon énergique :
- Traverse des "phases" plus agitées (stress, fatigue, changement)
- S'apaise avec le temps et la maturité.
Un garçon avec TDAH :
- Présente les symptômes depuis tout petit (souvent avant 7 ans),
- Les symptômes persistent au moins 6 mois,
- Les symptômes se manifestent partout : à la maison, à l'école, chez mamie, au centre de loisirs.
Votre fils vous dit "Je suis nul" ou "Je suis méchant" ? Ces étiquettes qu'il se colle révèlent qu'il ne comprend pas ce qui lui arrive. Aidez-le à se connaître vraiment :
- Expliquez-lui comment fonctionne son cerveau avec des mots simples : "Ton cerveau a du mal à mettre sur pause. Ce n'est pas parce que tu es bête ou méchant, c'est parce que ton cerveau fonctionne différemment."
- Identifiez ensemble ses moments de réussite : "Tu vois, quand tu construis tes Lego, tu arrives à rester concentré 1h ! Ça prouve que tu en es capable."
- Valorisez ses forces plutôt que de pointer uniquement ses faiblesses : créativité débordante, énergie communicative, spontanéité...
Un enfant qui comprend son fonctionnement développe de la bienveillance envers lui-même plutôt que de la honte.
Le TDAH chez les garçons : trois visages différents
Le TDAH n'a pas qu'un seul visage. Il existe trois présentations principales :
Type 1 : hyperactif-impulsif (le "ressort sur pattes")
Le portrait :
- Grimpe sur tout ce qui est grimpable,
- Parle NON-STOP, comme si le bouton "off" était cassé,
- Répond avant la fin de la question,
- Interrompt constamment les autres,
- Ne peut pas attendre son tour (dans les jeux, dans les files d'attente...),
- Agit d'abord, réfléchit après (parfois jamais).
Ce qu'on entend souvent : "Il est monté sur ressorts", "Il ne s'arrête JAMAIS", "On dirait qu'il a avalé une pile"
Le piège : c'est le profil le plus visible, donc le plus rapidement repéré... mais aussi le plus facilement confondu avec un "garçon turbulent normal".
Type 2 : Inattentif (le "rêveur discret")
Le portrait :
- Regarde par la fenêtre en plein cours,
- Oublie systématiquement ses affaires,
- Perd tout : manteau, trousse, devoirs...
- Commence 10 projets, n'en finit aucun,
- A du mal à suivre les consignes longues,
- Fait des erreurs d'étourderie à répétition.
Ce qu'on entend souvent : "Il est dans la lune", "Il ne fait aucun effort", "Il pourrait y arriver s'il s'appliquait"
Le piège : on pense qu'il est juste paresseux ou qu'il "ne veut pas". Alors qu'il ne PEUT pas.
Type 3 : Combiné (le plus fréquent chez les garçons)
Le portrait : tous les symptômes à la fois : hyperactif ET inattentif. C'est le type le plus répandu chez les garçons.
Le piège : tout le monde baisse les bras, tout le monde est épuisé. Vous, ses parents, l’école et votre petit garçon lui-même…
Votre fils avec TDAH vit probablement du rejet : "Personne ne veut jouer avec moi", "Le maître m'en veut".
Aidez-le à comprendre la diversité des fonctionnements :
- Expliquez que chaque cerveau est unique : "Certains enfants ont besoin de lunettes pour voir, toi tu as besoin d'outils pour te concentrer. Ce n'est ni mieux ni moins bien, c'est différent."
- Valorisez l'empathie et l'entraide : "Tu vois, Lucas est très fort en maths mais il ne court pas vite. Toi c'est l'inverse. Ensemble vous êtes complémentaires !"
- Montrez l'exemple : parlez positivement des différences, évitez les jugements sur "les enfants calmes" vs "les enfants agités"
Un enfant qui comprend et accepte sa différence sera plus apte à respecter celle des autres et à construire des amitiés solides.
Les 15 signaux d'alerte à ne pas ignorer
Votre petit garçon présente plusieurs de ces comportements de manière intense, persistante (plus de 6 mois) et dans plusieurs contextes ?
À l'école
1. Interrompt constamment la classe, même après plusieurs rappel, 2. Se lève sans permission alors qu'il sait qu'il ne doit pas, 3. Fait des fautes d'inattention massives alors qu'il connaît la leçon, 4. N'arrive pas à attendre son tour pour prendre la parole, 5. Perd ou oublie régulièrement ses affaires malgré toutes les stratégies mises en place.
À la maison
6. Parle sans arrêt, impossible de placer un mot
7. Court et grimpe partout, même dans des situations inappropriées (chez le médecin, au restaurant...)
8. N'arrive pas à jouer calmement, tout devient intense et bruyant
9. Passe d'une activité à l'autre sans jamais rien terminer
10. Oublie les tâches quotidiennes malgré les routines installées.
Dans les relations
11. Interrompt les conversations des autres sans s'en rendre compte
12. Réagit de manière excessive : une petite frustration = grosse crise
13. A du mal à se faire des amis ou à les garder
14. Ne semble pas apprendre de ses erreurs : répète les mêmes comportements malgré les conséquences
15. Est souvent exclu des jeux parce qu'il ne respecte pas les règles ou est "trop".
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Les garçons avec TDAH vivent des montagnes russes émotionnelles. Une petite frustration ? Explosion. Un "non" ? Crise. Aidez-le à apprivoiser ses tempêtes intérieures :
- Nommez les émotions AVANT l'explosion : "Je vois que tu commences à t'énerver. Qu'est-ce que tu ressens dans ton corps ?"
- Créez une "boîte à outils émotionnelle" : coussins à taper, dessin pour évacuer, musique pour s'apaiser, espace calme pour se ressourcer
- Enseignez la respiration du ballon : gonfler son ventre comme un ballon, souffler doucement. Entraînez-vous QUAND IL EST CALME pour qu'il puisse l'utiliser en situation de crise.
- Désamorcez avec l'humour (quand c'est possible) : "On dirait que ton volcan émotionnel va exploser. Tu veux qu'on trouve la soupape ensemble ?"
Un garçon qui apprend à identifier et réguler ses émotions sera moins submergé et moins puni.
Les risques d'un TDAH non diagnostiqué chez les garçons
À l'école
- Décrochage scolaire : accumulation d'échecs, perte de motivation, orientation par défaut,
- Exclusions et sanctions : heures de colle, avertissements, renvois,
- Étiquetage : "l'élève perturbateur", "celui qui fait le clown".
L'enquête HyperSuper France (2011) auprès de 524 familles révèle des chiffres alarmants :
- 31 % de taux de redoublement,
- 20 % ont fait l'objet d'au moins une exclusion scolaire,
- 22 % ont changé d'établissement au primaire. L’étude indique : “En maternelle, primaire, et collège le motif du changement est, dans plus de la moitié des cas lié à des problèmes de comportement de l’enfant”,
- Près de 5 % sortent du système scolaire sans diplôme ni qualification.
À noter : les enfants concernés par l’enquête sont âgés de 12 ans en moyenne et l’on compte 6 garçons pour 1 fille parmi les enfants représentés.
Sur le plan émotionnel
- Estime de soi effondrée : "Je suis nul", "Je suis méchant", "Je n'y arriverai jamais",
- Anxiété et dépression à l'adolescence (oui, chez les garçons aussi),
- Colères intenses et dysrégulation émotionnelle.
Dans les relations
- Rejet par les pairs : "Personne ne veut jouer avec moi",
- Conflits familiaux constants : épuisement parental, fratrie qui en souffre,
- Isolement social : pas d'invitations aux anniversaires, pas d'amis proches.
Dans la fratrie
- Se disputent plus fréquemment avec leurs frères et sœurs,
- Peuvent être victimes de violences physiques et verbales, de manipulation,
- Génèrent de la jalousie quand les parents leur consacrent plus de temps.
À l'adolescence et au-delà
- Comportements à risque : conduite dangereuse, abus de substances, pratiques sexuelles non protégées,
- Délinquance : impulsivité + recherche de sensations fortes = mauvais mélange,
- Accidents : plus de blessures, plus d'hospitalisations.
En bref, le retard diagnostique peut conduire à une aggravation des conséquences psychologiques, scolaires et sociales.
Les garçons avec TDAH accumulent les remarques négatives : "Arrête !", "Tais-toi !", "Tu recommences !". Leur cerveau finit par enregistrer : "Je suis un problème."
Adoptez la Communication Non Violente (CNV) :
Au lieu de : "Tu m'énerves à toujours bouger ! Reste tranquille !"
Essayez : "Je vois que tu as besoin de bouger [OBSERVATION]. Je me sens fatigué quand il y a beaucoup d'agitation [SENTIMENT]. J'ai besoin de calme pour me reposer [BESOIN]. Est-ce que tu peux aller sauter dehors 10 minutes ? [DEMANDE]"
Les 4 étapes de la CNV :
- Observer sans juger : "Tu as interrompu 3 fois pendant que je parlais"
- Exprimer son sentiment : "Je me sens frustré.e"
- Identifier son besoin : "J'ai besoin d'être écouté pour finir mon idée"
- Formuler une demande claire : "Peux-tu attendre que j'aie fini avant de parler ?"
Cette approche transforme les rapports de force en coopération et préserve votre relation parent-enfant.
Que faire si vous reconnaissez votre petit garçon ?
1. Faites confiance à votre instinct de parent
J’adore les mots de l’acteur Cillian Murphy qui résument parfaitement ce premier conseil. “Believe your instinct. Always. Instinct over intellect. Just because you can rationalize it, it doesn’t mean it’s right. If you feel it, it’s right”.
Vous connaissez votre enfant mieux que personne. Si quelque chose vous dit que "ce n'est pas juste de l'énergie normale", écoutez cette petite voix.
Les phrases qui doivent vous alerter :
- "Il se calmera en grandissant" (peut-être, mais pourquoi le laisser souffrir en attendant ?),
- "C'est un garçon, c'est normal" (non, tous les garçons ne vivent pas ça avec cette intensité),
- "Il le fait exprès pour vous embêter" (non, il ne contrôle pas).
2. Consultez un professionnel spécialisé en TDAH
Tous les professionnels ne se valent pas. Cherchez :
- Un pédiatre, psychologue, neuropsychologue, psychiatre ou neurologue formé spécifiquement au TDAH,
- Qui prend le temps d'écouter VOTRE récit et celui des enseignants,
- Qui n'hésite pas à faire des bilans complémentaires (psychométrique, attentionnel).
3. Documentez le quotidien
Avant la consultation, notez pendant 2 semaines :
- Fréquence des comportements : combien de fois se lève-t-il en classe ? Combien d'oublis par semaine ?
- Intensité : les crises durent combien de temps ? Quel niveau de frustration déclenche une explosion ?
- Contextes : ça se passe où ? À l'école ? À la maison ? Partout ?
- Conséquences : impact sur les devoirs, les copains, l'ambiance familiale.
Ces observations concrètes aideront énormément le professionnel.
4. Impliquez l'école
Demandez à l'enseignant de remplir un questionnaire standardisé (échelle de Conners, SNAP-IV). Son regard extérieur est précieux pour le diagnostic.
Dans un second temps, vous pouvez aussi proposer à l'école :
- Des ressources documentaires sur le TDAH,
- Un temps d'échange avec l’enseignant.e qui suit votre fils,
- Des stratégies concrètes à mettre en place en classe.
Un.e enseignant.e (in)formé.e transforme l'expérience scolaire de votre fils : de "l'élève perturbateur" à "l'élève qui a besoin d'adaptations". Place à la classe inclusive !
Le message que tout garçon avec un TDAH devrait entendre
Si votre fils a un TDAH, voici ce qu'il doit savoir :
- Tu n'es pas méchant. Tu n'es pas bête. Tu n'es pas "insupportable".
- Tu as un cerveau magnifique qui fonctionne à 200 à l'heure. Un cerveau qui te donne une créativité débordante, une spontanéité rafraîchissante, une capacité à t'hyper-concentrer sur ce qui te passionne.
- Oui, ton cerveau a aussi du mal à mettre sur "pause". À attendre. À rester tranquille. Ce n'est pas ta faute.
- Tu as le droit d'avoir besoin d'aide. Les lunettes aident à mieux voir. Les stratégies pour le TDAH aident ton cerveau à mieux fonctionner. C'est exactement pareil.
- Et surtout : toute cette énergie que tu as en toi, c'est un cadeau. Avec les bons outils, tu vas apprendre à la canaliser. Et cette force deviendra ton super-pouvoir.
- Tu es parfait exactement comme tu es. Même quand c'est difficile. Même quand ça prend du temps. Nous sommes là pour t'aider à voler à ta pleine puissance.
TDAH chez les garçons : ce qu’il faut retenir
Que chaque enfant mérite d'être compris pour ce qu'il est vraiment. Pas étiqueté "turbulent", "perturbateur" ou "difficile".
Votre fils qui grimpe partout n'est pas "mal élevé". Votre fils qui oublie tout n'est pas "paresseux". Votre fils qui explose pour un rien n'est pas "capricieux".
Peut-être qu'il a un TDAH qui attend simplement d'être reconnu pour qu'il puisse enfin respirer, comprendre, et déployer tout son potentiel.
Parce que derrière l'agitation, il y a un enfant qui fait de son mieux. Un enfant qui mérite qu'on l'aide à transformer son énergie débordante en force motrice plutôt qu'en source de souffrance.
Notre équipe d'experts est là pour vous accompagner dans l'épanouissement de votre enfant.
Bibliographie :
- Étude nationale sur le bien-être des enfants, Enabee pour Santé Public France, juin 2023.
- Enquête sur le parcours de soin des familles ayant un enfant atteint de TDAH, Association TDAH France, 2011.
- Article Haute Autorité de la Santé, 2025,
- Article “Trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité” par Trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) par Stephen Brian Sulkes, MD, Golisano Children’s Hospital at Strong, University of Rochester School of Medicine and Dentistry, 2025